Le verdict d’acquittement de Rozon, bien que nuancé, fait reculer les femmes.

Je travaille dans un centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) et après le verdict, des femmes qui ont vécu des agressions sexuelles dans leur chair, nous ont appelées car elles étaient découragées, défaites, indignées. Elles ont reçu ce verdict comme une gifle qui leur a fait débouler l’escalier qu’elles avaient péniblement monté, une marche à la fois pour se libérer des impacts des agressions sur leur vie. Elles ont senti que le système abandonnait les femmes, qu’il n’est pas là pour les protéger, qu’il laisse le champ libre aux agresseurs.

L’une d’elles est en processus judiciaire et elle ne veut plus poursuivre, elle veut reculer. Pourquoi irait-elle se faire humilier par les commentaires offensants de la défense? Pourquoi se faire vivre ce stress intense, si c’est pour finir comme ça? Pourquoi supporter les regards et commentaires réprobateurs de membres de sa famille, si même le système ne la supporte pas?

Je les ai écoutées et validées en leur disant que je partageais complètement leur indignation. Je ne leur ai pas dit, mais moi aussi, ce verdict m’est rentré dans le corps cette semaine. Je ne pouvais pas croire qu’une défense aussi risible et invraisemblable sème un doute raisonnable. C’est pas juste pour rire! Ça envoie de bien mauvais messages : aux victimes, on vous croit, mais pas complètement; aux agresseurs, vous n’avez qu’à inventer une autre histoire et bien jouer votre rôle pour semer un doute raisonnable. Ça ressemble étrangement à de l’impunité.

D’ailleurs, quand j’entends dire que le système fonctionne et que je regarde les 14 femmes qui ont osé porter plainte contre Rozon et qu’elles se sont toutes faites déboutées, je me demande bien où il fonctionne ce système? Ou peut-être pour qui il fonctionne serait plus approprié comme question? ZÉRO en 14, ce n’est pas une mauvaise moyenne, c’est un ÉCHEC monumental!

Et cet échec, les femmes le ressentent dans leur cœur, leur corps, leur tête. Nous pleurons, hurlons, sacrons. Nous sommes indignées, scandalisées, découragées. Nous ne savons plus sur quel ton le dire pour être entendues et pour que ça change! Pour que cette valeur d’égalité que nous prônons fièrement au Québec s’incarne aussi dans notre système de justice.

Travaillant depuis 26 ans dans un CALACS, je me questionne sur ce qui s’est passé pour

que le taux de rétention des plaintes soit en chute libre depuis la réforme de 1983 du Code criminel. En 19851 , 95 % des plaintes étaient retenues, en 1995, ce taux chutait à 48 %. Et là, je n’ai pas les derniers chiffres, mais il semble que nous soyons autour de 30 %. Que s’est-il passé? Pourquoi retient-on de moins en moins les plaintes d’agression sexuelle? Tout en disant aux femmes de porter plainte. Ça ne m’apparaît pas très cohérent.

Le système a un urgent besoin d’un examen de conscience et d’une réforme en profondeur. À ce chapitre, les recommandations du comité d’expert-es sont bienvenues et accueillies avec espoir. L’espoir que les victimes d’agression sexuelle aient droit à de la considération, du respect et de la JUSTICE!

Chantal Dubois